Ces clous que nous enfonçons…

Comment se délivrer du sentiment de culpabilité ?

Quand on est attentif aux mécanismes qui régissent l’âme humaine, quand on tente de comprendre la logique  des rouages par lesquels celle-ci évolue ou, au contraire, stagne, on ne peut s’empêcher de remarquer la place phénoménale qu’y occupe le sentiment de culpabilité.

Imprégnant toute notre culture judéo-chrétienne depuis le fameux concept du ¨ Péché originel ¨, ce sentiment semble bel et bien chevillé au plus intime de notre être. Que les hommes et les femmes que nous sommes aient quelque chose de précis à se reprocher ou non, ils sont, pour l’immense majorité d’entre eux, habités par la certitude plus ou moins révélée d’avoir une sorte de dette à payer. Il n’y a, je crois, pas un seul thérapeute tant soit peu attentif qui ne l’ait noté.
Lorsque les membres d’une société sont ainsi ¨marqués au fer rouge¨, par une façon de penser et par les schémas comportementaux qui en résultent, on est non seulement en droit, mais en devoir de s’interroger.
Le sentiment de culpabilité est-il la simple résultante d’une puissante et dramatique empreinte culturelle ou correspond-il à ¨autre chose¨ qui souffre au plus profond de notre intimité ?

La fréquentation quasi-chronique de l’état d’échec, le chapelet des auto-punitions, le non-amour de soi et, globalement, le mal de vivre sont si fréquents dans notre monde que la question vaut véritablement d’être analysée.

En ce qui me concerne, les circonstances de la vie m’ont amené à investiguer un tel domaine en me dévoilant le chemin de cet inconnu qui, il y a deux millénaires, fut chargé d’enfoncer les clous dans la chair du Christ. Pour ce faire, la lecture des Annales akashiques m’a servi de base de travail et de réflexion. Bien sûr, on pourrait croire que la vie d’un bourreau, surtout dans un pareil contexte historique, n’a rien qui puisse nous concerner individuellement aujourd’hui.

En suivant pas à pas la trace de cet homme dans les méandres du temps et dans son évolution jusqu’à nous, je me suis rapidement aperçu qu’il n’en était rien, bien au contraire. Derrière son masque d’anti-héros, il nous sert de miroir, il illustre notre mal d’être.
Aussi étrange que cela puisse paraître a priori, l’archétype du bourreau cohabite en nous de façon étroite avec celui de la victime. Qu’ils s’appuient ou non sur des faits concrets analysables, ces deux archétypes font partie intégrante de notre univers intérieur, conditionnant et bloquant celui-ci au sein d’une implacable dualité.

Qu’est-ce qui a fait – ou qui fait encore de nous –  souvent subtilement, des agresseurs ? Certainement la peur de ¨perdre quelque chose¨ et de ne pas tout maîtriser. La crainte maladive de voir notre fragilité se dévoiler au grand jour. Parallèlement à cela, qu’est-ce qui a fait – ou qui fait toujours – de nous des agressés et des victimes ? Une autre peur. Celle de ne pas être reconnu et, surtout, de ne pas être aimé… Celle-là est certainement plus dramatique encore.

D’une façon comme d’une autre, bon nombre d’entre nous finissent par se sentir coupables d’exister puisque qu’ils se voient pris dans une lutte intestine contre eux-même. Un conflit de chaque instant où le moins et le plus se renvoient inexorablement la balle.
Si on les écoute, l’agresseur se sent victime des circonstances de sa vie… tandis que l’agressé devient à son propre insu, mais très subtilement, le bourreau de ses proches par sa ¨ transpiration¨ de souffrance.

L’un comme l’autre se débattent en nous, tous deux avec leurs prétextes et leurs ruses, montrant tour à tour le bout de leur nez et nous maintenant dans un état de séparation d’avec notre Essence.

Je crois que l’on peut parler ici d’un véritable virus qui nous colle à l’âme et qui s’étend à notre chair. D’où viendrait-il, ce virus ? Bien sûr de cet héritage culturel qui, depuis des millénaires, formate impitoyablement notre conscience collective mais aussi et surtout d’une stupéfiante mémoire qui, de vie en vie, nous suit jusqu’à devenir cellulaire. Notre atome-germe en est le relais (1).

C’est ainsi qu’un sentiment de faute récurant, suivi de celui d’une dette à payer, sont imprimés jusque dans la densité de notre corps. Quoi d’étonnant si, de leur présence pernicieuse, finit par émerger la succession sans fin des malaises, des maladies, des réflexes de protection et d’agression qui font la trame de nos existences ?
En sondant le cœur humain, mais d’avantage en apprenant à l’aimer, en essayant de le dépeindre à travers la quête de son origine première et sa promesse d’avenir, j’ai fini par comprendre que ce n’est pas tellement l’ampleur ¨tangible¨ d’une faute – ou plutôt d’une erreur d’apprentissage de la vie – qui marque une âme et l’oriente le long de son chemin. Ce serait plutôt l’importance ¨virtuelle¨ que cette âme accorde à son erreur. L’aspect émotionnel de ce qui est vécu comme une faute prime toujours sur toute autre considération.

En d’autres termes, c’est le regard posé par l’être sur un acte qu’il a commis ou une attitude qu’il a eue qui génère ce qu’on pourrait appeler le vrai moteur

 

(1) Voir ¨Les maladies karmiques¨ du même auteur ( Éditions Le Passe Monde)
karmique, la mécanique susceptible d’implanter en lui un tenace sentiment de culpabilité.
En opposition à cela, on constatera que la ¨primarité¨ d’un être fait que celui-ci vit toujours plutôt bien avec ses gestes les plus terribles… Ils ne s’impriment pas en lui et sont évacués.

On peut ainsi en déduire que, plus une conscience sera éveillée, plus elle sera exigeante envers elle-même et plus elle s’accusera – secrètement ou non – mais avec force et persistance de ses insuffisances.
Jusqu’à un certain point et de façon contradictoire, certaines des manifestations de l’Éveil, c’est à dire de la conscience grandissante du Soi, distillent donc en l’être incarné une sorte de poison qui le mine et ralentit son mouvement d’ascension.. S’éveiller signifierait-il alors appeler à soi un mal être devenant rapidement congénital et capable de nous imprégner le corps et l’âme ?
Faudrait-il y voir une fatalité ? Bien évidemment non ! Nous parlons seulement ici de l’une des phases de notre évolution.

En retraçant la trajectoire de Nathanaël, le bourreau-type de l’histoire des Temps évangéliques, en évoquant également sa rencontre avec Judas – dont notre société a fait le traître archétypal – j’ai espéré dessiner la clé qui nous est offerte par le Divin afin de sortir de l’ornière.
Elle porte un nom simple, cette clé… On l’appelle compassion. En effet, la compassion englobe tout.. Elle évacue tous les prétextes en dépassant jugements et condamnations. Elle propose de ne voir dans la faute ou l’erreur qu’une expérience souvent inévitable afin d’apprendre pour que, peu à peu, ¨nous poussent des ailes¨. Elle invite aussi à un regard en altitude, le seul qui permette de deviner le jeu subtil des nécessités, celui des karmas individuels si souvent et mystérieusement liés aux karmas collectifs. Enfin, elle suggère une compréhension nouvelle du destin et de la véritable liberté, celle qui se cultive dans une approche globale de l’illusion du temps.
Oui, la compassion est définitivement la porte de sortie à l’épuisant combat que nous croyons devoir entretenir entre l’Ombre et la Lumière. C’est vers elle qu’il nous faut fermement prendre la décision d’aller car ce sont nos cellules qui se livrent une guerre fratricide… la pire de toutes. Pourquoi refuserions-nous d’ accorder davantage de place à la compassion en nous ? Tout chemin de pacification réclame à son point de départ une résolution volontaire.
Dès lors, comment mieux réagir qu’en faisant siennes et en intégrant ces paroles que le Maître confia à son bourreau voilà deux mille ans :
« Ainsi que tous ceux qui peinent en ce monde, tu as fait ton possible. Même si ce possible n’était pas à l’image du mieux que tu portais en ton cœur, c’était malgré tout ton possible. La Vie ne punit rien ni personne, vois-tu. Elle enseigne ! Elle S’enseigne en toi !

Daniel Meurois

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